“Fatal” n'a pas de mal à relever le triste niveau des comédies à la française

Publié : 31 octobre 2025 à 10h24 par
Alexandre BEAUDOUIN - Directeur Projets

Fatal

Dans la vie, il y a deux types de films : ceux qui sont cons et ceux qui sont intelligents. Il y a aussi les films fades mais on s'en fout. Comme le dit Crassus dans Spartacus, « pour satisfaire mes goûts, il me faut des huîtres et des escargots ». Alterner le con et l'intelligent permet de remettre son échelle de valeur à zéro. De temps en temps sort une perle, un film con et intelligent à la fois. Une perle comme Fatal, film réalisé par Michael Youn sorti en 2010.

Le film raconte l'histoire de Fatal Bazooka, rappeur star qui touche le fond et revient au faîte de sa gloire. Une structure où on retrouve tous les poncifs du genre : présentation de la carrière du chanteur en séance pré-générique, arrivée d'un concurrent plus « jeune » qui pousse le héros à la faute, chute abrupte, exil et ressourçage méditatif dans le lieu des origines, combat final où le héros tel un phœnix renaît plus fort, plus beau, plus puissant.

 

Je comptais au départ sortir pas mal d'exemples pour bien montrer que Fatal est un film intelligent. En le revoyant, je me suis rendu compte que mon argumentaire n'aurait aucun intérêt : on ne peut pas ne pas le trouver intelligent. Rien n'est gratuit, tout fait sens. On a dépassé la blague potache des premiers films de Youn et même de ses premières créations musicales, basées sur la parodie. Derrière la lourdeur assumée et la bêtise invraisemblable des personnages pointe une critique assez claire du star system. Les personnages dépassent leur statut de caricature pour devenir juste des modèles exacerbés : ils y gagnent en crédibilité. Ce qui fait peur, d'ailleurs ! La force du film est de nous montrer une situation qui pourrait exister et rejoint alors le registre de l'absurde, qui n'est qu'une exacerbation du réel. Derrière chaque scène se cache à la fois un catalogue de répliques/situations cultes et une critique du « système » assez fine.

 

J'allais dire que ça manque de poneys mais il y en a sûrement un quelque part

 

C'est une chose de dire que Fatal est un film intelligent. Il suffit de le regarder un peu attentivement pour le comprendre. C'en est une autre de dire qu'il est subtil. C'est plus dur. C'est le reproche que l'on peut lui faire. Certaines références sont précises et plutôt classes (« Tu lèches, tu lâches et après tu lynches », dans le Super Clash fait référence directement à une chanson de Trust de 1996) mais difficile de sortir de la lourdeur globale de l'ensemble. Je ne parle pas que des blagues (franchement, j'ai vu bien plus lourd comme film) mais aussi du message, matraqué et sans espoir. Rien ne nous est épargné. Le système broie les artistes, l'argent et surtout la recherche de gloire détruit tout, amitié, amour. Seule la superficialité compte. Et finalement la merde gagne. Littéralement.

 

Il n'y aucun espoir. Même la superbe tirade de Fatal Bazooka, qui n'a jamais cessé de se considérer comme artiste et même de respecter Chris Prolls, le méchant de l'histoire est rejeté par un « NON » clair et massif du public. Personne ne nous sortira d'ici. Le cynisme, qui est le dernier degré de la lucidité et en un sens de l'intelligence, triomphe. Malheureusement, ce cynisme général dessert le film en le remettant au premier degré car il lui manque parfois le recul nécessaire, il NOUS manque parfois le recul nécessaire pour (le) dégager (de) sa lourdeur générale.

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